Audition du climatologue Jean JOUZEL : « le réchauffement climatique est sans équivoque» 09/02/11

jeudi 10 février 2011 00h00

Jean JOUZEL : « le réchauffement climatique est sans équivoque»

Les députés du Groupe SRC ont décidé cette semaine d’auditionner l’éminent climatologue Jean Jouzel, membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. Alors que la question de l’environnement -et notamment du climat- a quitté depuis quelque temps  la Une de l’actualité, il s’agissait de faire le point sur les processus en cours et les combats qu’il reste à mener. Voici le compte-rendu de cet échange.

Le quatrième rapport du GIEC a été publié en novembre 2007. Jean Jouzel souhaite en rappeler les conclusions, qui ont été confortées ces dernières années :

- La quantité d’émissions de gaz à effet de serre liées à l’activité humaine augmente. Elle est bien liée à l’activité économique. Pour preuve, on a constaté une baisse en 2009 au plus fort de la crise. Mais depuis 2010 et la reprise, les émissions augmentent comme jamais

- Le réchauffement climatique est sans équivoque. Ces 10 dernières années ont été les plus chaudes de l’histoire. 2010 a battu tous les records.

- La corrélation entre les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique se confirme. Il y a certes sur ce point un débat scientifique, sain et tout à fait assumé par le GIEC. Le climato-scepticisme n’est pas mauvais en soi, il permet de questionner les conclusions des experts qui rendront leur cinquième rapport en 2013.

- Le réchauffement est inéluctable. Mais on peut –et on doit- le limiter en œuvrant pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Jean Jouzel tient à insister sur ce dernier point. Il salue l’avancée obtenue lors du sommet de Copenhague de 2009, avec pour la première fois un objectif chiffré. L’accord indique en effet que la hausse des températures doit être limitée à 2 degrés Celsiusd'ici à 2050. Mais pour cela nos émissions doivent baisser dès 2015, au plus tard 2020. Jean Jouzel salue également les résultats du Sommet de Cancùn de décembre 2010 qui entérine cet accord, le faisant entrer dans le cercle onusien. Si des engagements internationaux ont été pris, les propositions des Etats pour les atteindre ne sont cependant pas assez ambitieuses : la somme de leurs efforts d’atténuation ne permet pas de prévenir une augmentation de température supérieure au 2°C, engagement pourtant mentionné dans les accords de Copenhague et de Cancùn.

Ceci étant, certaines grandes avancées ont tout de même été obtenues à Cancùn. Le climatologue cite notamment la création d’un Fonds Climat vert, la définition d'un Cadre d’action pour l’adaptation au changement climatiqueet encore l’institution de mécanismes de transferts technologiques internationaux. La prolongation du protocole de Kyoto est toujours possible puisque son mécanisme est préservé, mais rien ne se fera sans la volonté des grandes puissances, parmi lesquelles devons-nous citer la Chine et les Etats-Unis, actuellement peu enclins à s’engager sur des objectifs de réduction d’émissions quantifiés.

« Si on veut vraiment limiter le réchauffement climatique à 2 degrés, il faut agir tout de suite » conclut Jean Jouzel. Les partis politiques, quelles que soient leurs sensibilités, doivent s’engager sur le dossier, tant pour des raisons économiques qu’écologiques. Car si le GIEC dresse un état des lieux nécessaire, la prise de décision et l’impulsion ne peuvent être que politiques.

Répondant à une question de Martine Lignières-Cassou, le climatologue confirme qu’un autre modèle de développement est inéluctable. Il faut repenser notre manière d’aborder les grandes thématiques comme l’énergie, les transports, l’urbanisme. Selon lui, cela ne passe pas forcément par la décroissance.

Jean-Marc Ayrault clôt cet échange en insistant sur le rôle des élus locaux, confrontés quotidiennement à ces problématiques et mettant en place nombre d’initiatives intéressantes de lutte contre le changement climatique.

Les socialistes devront mettre le développement durable au cœur de leur projet, quelles que soient les réticences et les peurs qu’un tel engagement ne manquera pas de susciter. Une approche globale est possible, qui allierait environnement, économie et justice sociale. Elle est nécessaire et souhaitable pour le bien de tous. 

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