Réforme des retraites – Les réactions des députés socialistes & apparentés

Réaction de Valérie Rabault, députée de Tarn-et-Garonne, présidente du groupe Socialistes & apparentés

 

La conférence de presse du Premier Ministre devait clarifier un certain nombre de points sur la réforme du Gouvernement et rassurer nos concitoyens. En réalité, il reste encore de nombreuses zone d’ombre et surtout d’inquiétudes, que voici :

1. Sur l’âge de départ à la retraite : le Premier Ministre a de facto confirmé qu’il passerait de 62 à 64 ans, à partir de 2027. Ceci est contraire aux engagements du Président de la République pendant la campagne présidentielle.

2. Sur la valeur du point : en juillet dernier, j’avais indiqué que c’était une zone de gros risque. En effet, tout le nouveau système va reposer sur la valeur du point. Le Premier Ministre indique qu’elle sera fixée par les partenaires sociaux et qu’elle devrait suivre l’évolution des salaires. Or à aucun moment, il ne détaille un mécanisme précis permettant d’empêcher que la valeur du point ne baisse.

3. Sur la pénibilité : c’est une dimension qui est indispensable pour rendre plus juste le système de retraite. Or la prise en compte de la pénibilité ne fait pas partie des priorités du Gouvernement. En effet, dès l’été 2017, le Gouvernement a rogné le compte pénibilité (C3P) créé en 2014 sous le précédent quinquennat. Il a ainsi supprimé 4 des 10 critères établis pour évaluer la pénibilité : « postures pénibles », « port de charge lourde », « vibration » et « risque chimique ».

Lors de sa conférence de presse, le Premier Ministre n’a pas indiqué vouloir re-intégrer ces critères au compte pénibilité. Il s’est contenté d’annoncer l’extension de ce compte aux 3 fonctions publiques. Or une vraie réforme des retraites doit avoir pour ambition la justice en matière de pénibilité, tout simplement parce que l’espérance de vie des salariés et indépendants qui ont des métiers pénibles est beaucoup plus faible que celle des autres.

4. Sur la phase de transition entre le système actuel et le nouveau système. Le Premier Ministre annonce que pour les générations nées entre 1975 et 2004, il pourra y avoir un mix entre les 2 systèmes. Là aussi, ce point est totalement flou, ce qui laisse supposer qu’il y aura des perdants.

5. Aucun engagement concret n’est pris en direction des enseignants qui vont perdre entre 300 et 700 euros sur leur retraite par mois avec le nouveau système.

Lors de la séance des questions au Gouvernement du mardi 10 décembre, j’ai interrogé le Premier Ministre sur ce point. Aujourd’hui, un professeur qui a travaillé 41 ans et qui a eu une carrière normale sans toutefois être hors classe à la fin de sa carrière, a une pension de 2350 € par mois. Cette pension est calibrée sur la base du salaire des 6 derniers mois de carrière. La réforme du Gouvernement propose de faire reposer cette calibration sur la carrière entière. En procédant ainsi, le professeur aurait une pension de 2070€, soit une perte de pouvoir d’achat de 338€ par mois. Dans le cas d’un professeur passé hors classe dans sa carrière, la perte serait de 734€ par mois.

Pour éviter cette perte massive de pouvoir d’achat, il faut revaloriser les salaires des enseignants en moyenne de 25%. Dans son intervention, le Premier Ministre n’a pris aucun engagement concret en ce sens.

 


Réaction de Boris Vallaud, député des Landes, porte-parole du groupe Socialistes & apparentés

 

Le Premier ministre a annoncé ce jour les principes de la réforme des retraites.

—- ÂGE D’ÉQUILIBRE —-

Sommé depuis des semaines de dissiper le nuage de fumée qu’il avait lui-même installé, le gouvernement est sorti de l’ambiguïté : désormais avec l’âge pivot à 64 ans, les Français auront le choix entre travailler plus ou gagner moins, entre retarder leur âge de départ à la retraite ou baisser leur pension. Cette mesure entrera en vigueur pour tous en 2027 et pas seulement pour les générations 1975. Par exemple, la génération 1965, qui aura 62 ans en 2027, sera dans tous les cas concernée par l’âge d’équilibre à 64 ans.

Pour les personnes qui ont commencé à travailler tôt, avant 20 ans, le gouvernement nous dit qu’elles pourront continuer de partir deux ans avant les autres. Mais de quoi parle-t-il ? Deux ans avant l’âge légal (62 ans) ou deux ans avant l’âge pivot 64 ? Auquel cas ça ne serait pas un progrès…

Le gouvernement aura donc décidé d’inutiles mesures d’économies là où il promettait une réforme systémique. Il est, en effet, utile de rappeler qu’en dépit des affirmations du gouvernement, il n’y a aucun péril financier s’agissant de notre régime de retraites, aucun dérapage des dépenses ainsi que le rappelle le Conseil d’orientation des retraites dans son dernier rapport.

Le déficit est, en effet, essentiellement le fait des décisions du gouvernement lui-même qui s’en revendique pour faire des économies sur le dos des retraités : non-compensation des exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires et sur la prime exceptionnelle, réforme de l’assurance chômage conduisant à une réduction des versements de l’Unédic à l’assurance vieillesse, non-dégel du point d’indice et réduction du nombre des fonctionnaires…

—- PÉNIBILITÉ —-

De plus, les mesures sociales de la réforme apparaissent insuffisantes en particulier s’agissant de la pénibilité. C’est un point essentiel car nous ne sommes pas tous égaux face à l’espérance de vie : il y a 13 ans d’écart entre les 5% de Français les plus pauvres et les 5% de Français les plus riches. Il est donc juste d’instituer une forme d’égalité face à la retraite en autorisant des départs plus tôt à celles et ceux qui ont eu des carrières pénibles.

Après avoir supprimé en 2017, le compte personnel de prévention de la pénibilité, le gouvernement propose d’élargir à la fonction publique un dispositif notoirement très insuffisant.

On peut d’ailleurs douter de la réalité de ce prétendu progrès : les aides-soignantes, par exemple, peuvent aujourd’hui partir à la retraite à 57 ans, parce qu’elles font partie des catégories dites « actives ». Cette catégorie étant supprimée (sauf pour les militaires et les policiers), le gouvernement annonce un assouplissement du compte pénibilité mais qui dans les faits, conduira celles qui rempliront les critères, avec l’âge pivot, à ne partir au plus tôt qu’à 61,5 ans…

Le gouvernement, par ailleurs, ne propose aucun mécanisme pour prendre en compte les facteurs de pénibilité qu’il a écarté il y a deux ans : le port de charges lourdes, les postures pénibles, l’exposition aux risques chimiques, et les vibrations mécaniques. Il s’agit pourtant de facteurs de risques incontestables sur l’espérance de vie en bonne santé. De nombreux travailleurs sont ainsi lésés. Par exemple, les ouvriers du bâtiment ou les caissières de la grande distribution ne sont dans ces conditions pas concernés par le compte pénibilité et donc ne seront pas exonérés de l’âge pivot…

On en reste donc avec les annonces du gouvernement à un médiocre système de réparation de la pénibilité là où il faudrait promouvoir des mécanismes de prévention impliquant les entreprises.

—- VALEUR DU POINT —-

Pour ce qui est de la valeur du point, la seule règle d’or garantie par le gouvernement c’est l’équilibre financier du système. La loi interdira toute baisse de la valeur du point, mais cela ne dit rien de l’évolution des retraites ou des cotisations.

Aux partenaires sociaux, en effet, de piloter et de prendre les mesures pour tenir cet équilibre en jouant sur la valeur d’achat et de service du point, sur l’âge d’équilibre (qui pourra donc encore être modifié), sur le taux de cotisation, et même sur l’indexation des pensions… bref tout paraît pouvoir être négocié (pas sûr qu’on y voit beaucoup plus clair) … sous le contrôle du Parlement.

Cette année, d’ailleurs, en dépit de l’inscription dans la loi de deux règles fondamentales, celle de la compensation au budget de la sécurité sociale des exonérations de cotisations et celle de l’indexation des pensions sur l’inflation, le gouvernement et la majorité parlementaire n’ont respecté aucune des deux… confiance qu’ils disaient…

—- ENSEIGNANTS —-

Enfin, s’agissant des fonctionnaires et plus particulièrement des enseignants, en dépit des déclarations d’intention du gouvernement, rien de concret. Pourtant c’est une augmentation de 25% en moyenne des traitements des enseignants qui est nécessaire pour que les pensions ne baissent pas. Aucun engagement n’a été pris en la matière. La seule chose qu’on ait compris, c’est que les augmentations de salaires feront l’objet d’une négociation et auront des contreparties. De quelle nature ? Mobilité ? Passage en REP ? Temps de travail ? Congés ? On n’en sait rien. Moins de fonctionnaires, mieux payés ? On connaît la promesse : moins de fonctionnaires mais pas mieux payés… c’est d’ailleurs la ligne du ministre de l’éducation depuis deux ans et demi.

Bref, pas la réforme de progrès annoncée, après plus de 18 mois de concertation, le gouvernement réussit le tour de force de n’avoir plus aucun soutien.


Réaction d’Olivier Faure, député de Seine-et-Marne, premier secrétaire du Parti Socialiste

 

Edouard Philippe a donc présenté ce midi le projet de réformes des retraites.

Une évidence : pour nous c’est NON !

Le président Macron place les Français face à un dilemme cornélien : soit on travaille plus, soit on gagne moins. Dans tous les cas, les Français.e.s sont perdants.

Une seule chose est sûre : l’allongement de la durée de cotisations. Le reste est flou : qui a compris ce qui allait se passer sur la pénibilité ou les carrières longues ?

Ce qui est par ailleurs présenté comme des avancées ne résiste pas à l’examen des « petites lignes ». Il y a de nombreux faux gagnants :
> Les femmes ? C’est la fin des 8 trimestres validés par enfant.
> Les veuves? Elles devront attendre 7 a 9 ans de plus pour toucher les pensions de réversion
> Les petites retraites à 1000 euros ? Seuls les futurs retraités en bénéficieront. Et seuls ceux qui ont une carrière complète en auront le bénéfice. En gros une prime de 30€ par rapport à l’existant, loin de sortir les retraités pauvres de la precarité.

Le flou persiste sur les périodes des transitions. Le cas des enseignants est édifiant : ils vont perdre de 300 à 700€ par mois ! Et ils sont renvoyés à des négociations avec M. Blanquer pour la réorganisation de leur travail. Chacun aura compris qu’il s’agit d’une nouvelle formule : travailler plus pour maintenir son pouvoir d’achat.

Le gouvernement ne prend pas ses responsabilités et confie à d’autres, en l’occurrence aux partenaires sociaux, le soin de laver son linge sale.

Aujourd’hui, force est de constater que plus personne ne soutient cette réforme hormis le parti du président Macron et le Medef.

Nous nous battrons avec toutes les forces qui doivent se rassembler pour faire battre ce projet de réforme injuste. Nous appelons à une mobilisation sans précédent aux côtés des syndicats pour amplifier le rapport de force et obtenir une réforme juste.

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